L'intégrisme, peur de la différence
Société - samedi 18 août 2007

A l'indignation générale, la cour de cassation italienne dans un jugement d'août 2007, vient d'acquitter une famille italienne musulmane radicale qui avait battu et séquestré sa fille au motif qu'elle ne se conformait pas au mode de vie de ses parents. Ce triste fait divers a parfaitement été décrit par Violette dans son précédent article, je ne reviendrais pas dessus.

Il me semble par contre indispensable de répondre aux commentaires que n'a pas manqué de susciter ce billet. Tout d'abord, "la diversité ethnique engendre la méfiance", ensuite "l'islam s'installe de plus en plus en Europe. Nous en sommes désormais aux importations de coutumes sauvages."

lLe jugement de la cour de cassation est scandaleux, mais certainement pas dans une logique d'affrontement christianisme/islam! Il est scandaleux parce que tous les pays membres de l'Organisation des Nations-Unies ont obligation de respecter la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, qui bannit précisément ce genre d'attitude. Qu'on le veuille ou non, les droits de l'homme sont une valeur inaliénable, qui transcende les cultures, les religions ou les régimes politiques. Le droit reconnu internationalement est le seul valable, puisque le seul capable de fédérer les innombrables populations qui peuplent notre planète. Ce qui est arrivé à cette jeune fille est donc moralement et juridiquement condamnable. Point ! Que les juges italiens se fourvoient n'est pas notre problème, la loi sera là pour les ramener à la raison.

"Nous sommes condamné à nous entendre"

Par contre, vouloir réduire ce genre d'affaire sordide à une "guerre des civilisations", à "une invasion barbare" ou que sais-je encore, c'est insulter notre intelligence ! Le monde est Un depuis toujours, mais nous venons à peine, à l'échelle de notre histoire, d'en prendre conscience. Nous sommes condamné à nous entendre, non pas parce que nous serions tous membre d'une même espèce, intelligente, douée de parole et de raison (ce qui, avouez-le, suffirait amplement comme justification !), mais tout simplement parce que nous n'avons pas le choix sous peine de disparaître !

L'humanité est aujourd'hui trop complexe, trop développée, pour se permettre de nouvelles guerres ethniques, de religion, bref, des guerres fondées sur la peur et le refus de l'autre. Partager la vision de Didier de la "guerre des civilisations" chère à Samuel Huntington (cf son lien vers Polémia.com), c'est partager les desseins d'une frange extrêmement réduite de la société américaine (les chrétiens évangélistes millénaristes), caractérisée par un ensemble de croyances et de doctrines qui annoncent ouvertement l'Apocalypse comme seule issue souhaitable à un monde en chaos, et dont sortirait, après sept années de combat entre le Bien et le Mal, une "période de mille ans durant laquelle le Christ et tous les saints gouverneront pacifiquement la Terre."

"Les tenants de la guerre des civilisations cherchent l'affrontement entre eux et tous les autres !"

réunion évangéliste américaineLes tenants de cette doctrine, que l'on peut raisonnablement qualifier de fondamentalistes (car se basant textuellement sur l'Apocalypse de Jean), cherchent résolument l'affrontement entre les peuples, de préférence entre eux, les "blancs, anglo-saxons, allemands, et les peuples de même origine, (...) seuls, authentiques, réels fils de Dieu" (extrait du site de la Christian Identity, cité par Romolo Gobi, "Un grand peuple éu", ed Parangon, 2006), et tous les autres !
Adhérer au choc des civilisations, c'est nier toutes les grandes cultures, fruits de l'hétérogénéité et du brassage, c'est revenir à une logique d'affrontement primale : "tu ne me ressembles pas, donc je te tue." C'est nier ce qui a fait la force de l'humanité, sa capacité à raisonner le monde extérieur, à comprendre l'altérité et donc à l'accepter. C'est nier toute la construction de la culture européenne depuis qu'elle existe. Car enfin, que serait la médecine occidentale sans Avicennes, immense médecin et philosophe arabe du X et Xème s ? Que serait la pensée occidentale sans Aristote, et que serait-il sans les philosophes musulmans qui l'étudièrent (Averroès en tête) pendant que l'occident pré-médiéval oubliait jusqu'à son nom ? L'Europe aurait-elle connu le renouveau artistique de l'Art Nouveau au début du XXème s sans la vague d'orientalisme qui l'a engendré ? La culture post-moderniste actuelle existerait elle sans les Japonais ?

Enfin, quand David parle "d'importations de coutumes sauvages" après avoir expliqué que l'Islam s'installait partout en Europe, il joue sur la peur et puise ses arguments directement dans la rhétorique nationaliste et colonialiste des sociétés occidentales du XIXème s, et plus largement dans tous les discours impéralistes passés et présents. Il oublie peut-être que les discours impérialistes et racistes de mise au ban de l'étranger (le "sauvage", le "barbare") ne sont jamais une fin en soi, mais sont souvent dictés par des impératifs politiques, justifiant ainsi les guerres d'intérêts économiques (cf la résurgence du vocabulaire des croisades chrétiennes pour justifier certaines interventions armées dans les pays producteurs de pétrole). Par contre, il oublie certainement que nous sommes toujours les "barbares", ou les "bons sauvages" c'est selon, de quelqu'un !

"Les périodes de repli identitaire caractérisent toujours des cultures en crise."

Les frontières du "monde civilisé" (sic) ont toujours évolué à travers l'histoire. Pour les athéniens antiques, le métèque, l'étranger, c'était celui qui n'était pas membre de la pôlis (citoyen d'Athènes). Ce qui, vous l'avouerez, faisait un paquet de personnes ! Pour les romains, plus universalistes, la citoyenneté a d'abord été reservée aux populations italiennes, avant d'être étendue à tout l'Empire. Mais il subsistait des exclus de la Pax Romana, des "barbares" qui eurent finalement raison d'elle. Quand à la civilisation chinoise, après avoir connue une vague d'expansion culturelle, économique, militaire et démographique sans précédent dans le monde, elle décida brusquement à la fin du XVème s de s'interdire tout contact avec le monde extérieur, barbare et obscurantiste. Cette décision, partiellement remise en cause au XVIIème, eue cependant raison de la puissance chinoise et amorça un déclin dont elle se relève à peine aujourd'hui.

le bon sauvageLes périodes de repli identitaire, nationaliste ou raciste caractérisent toujours des cultures en crise. Et elles sont toujours les bourreaux qui précipitent la chute. La crise de l'Eglise Catholique au XIXème et XXème est directement dictée par la peur de l'industrialisation et de la modernité. La fin des Empires coloniaux anglais et français provoqua un repli identitaire et nationaliste de ces pays, donnant lieu à d'effroyables massacres des populations colonisées, "barbares", tant en Inde qu'en Algérie. L'Allemagne humiliée de 1919 s'offra au nazisme et à l'antisémitisme le plus forcené avant de s'abîmer corps et bien en 1945. La Yougoslavie d'après Tito, morcelée, déchue de son rang de grand état non aligné, connut les pires nettoyages ethniques et guerres nationalistes de la fin du XXème s. Quant aux USA, leur puissance économique et politique sans cesse amoindrie par l'émergence des pays asiatiques, de l'Europe, ne sombrent-ils pas dans la rhétorique militaire, nationaliste voire raciste la plus abétissante, prélude à un effondrement encore plus grand ? Enfin, les pays musulmans qui soutiennent le plus l'islam radical sont, comme par hasard, ceux qui connaissent les plus grands troubles internes (l'Arabie Saoudite, ivre de son pétrole, partagée entre modernité et tribalisme politique, l'Iran, sans cesse menacée par les occidentaux, USA en tête, l'Afghanistan, réduite à néant par l'agression soviétique et par le soutien US aux talibans).

L'Europe souffre aujourd'hui d'une vraie crise économique dûe à une ultra-libéralisation de l'économie mondiale suivant un modèle anglo-saxon qu'lle ne partage pas. Cette crise est la vraie raison des questionnements identitaires, des nationalismes, qui la secouent aujourd'hui. Ne nous y trompont pas, la peur de l'étranger arrive lorsque l'on craint soi-même pour sa survie. L'Amérique de la crise de 1929 engendra le Ku Klux Klan, celle de la prospérité d'après-guerre entraina le Mouvement des Droits Civiques. Le salut de l'Europe viendra de la réunion de toute les forces qui la traversent et non de leur division. Quant à notre identité, ne nous en préoccupons pas, elle prospérera bien mieux si nous la laissons en paix !

Liens :

Je vous enjoint à lire cette excellent livre de Romolo Gobbi "Un grand peuple élu, Messianisme et antieuropéanisme aux Etats-Unis", éd Parangon/Vs, Lyon, 2006. Vous le trouverez à 5 euros à peine chez Mona Lisait à Paris.
Sinon, allez faire un petit tour chez RésistanceS, ils proposent de nombreuses références sur le sujet.

Olive

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Triste période, décidément
Société - jeudi 16 août 2007

La bêtise et l'intégrisme borné n'ont pas de frontière.
La plus haute instance de la justice italienne à donné raison à une famille, pratiquant un islam radical, pour avoir battu et séquestré leur fille dont le mode de vie "à l'occidental" ne leur convenait pas. Fatima a donc été battue, ligotée à une chaise et séquestrée par ses parents. La Cour de cassation a estimé que ces violences n'étaient pas habituelles mais correspondaient à une réaction face à un comportement incorrect (la jeune fille a rejoint un ami au lieu d'aller travailler). La famille aurait donc agit "pour le bien" de la jeune fille.

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Violette

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