Voyage à Lanzarote, découverte de César Manrique
Envies d'ailleurs - dimanche 29 mars 2009
César Manrique (1919 - 1992) était un artiste complet, peintre, architecte et sculpteur, même si lui-même disait se voir principalement comme un peintre. C'était surtout un amoureux de son île natale de Lanzarote, qu'il a tenté par tous les moyens de préserver. Une démarche originale et salvatrice, surtout dans les années 1960 où la tendance était plutôt au développement touristique à outrance en Espagne et dans l'archipel des Canaries, qui fait de cette île un lieu au tourisme maîtrisé.
Vous ne connaissez pas Manrique ? Moi non plus, avant de me rendre à Lanzarote et d'admirer ses réalisations partout. C'est pourtant une figure de l'art ibérique, considéré par certains comme le précurseur du surréalisme, qui a connu tout le gotha du 20è siècle.
Un homme pour qui l'art doit être une union étroite entre l'homme et la nature, et qui a appliqué ce principe sa vie durant.
Lanzarote est une île volcanique dont de grandes étendues sont recouvertes de lave noire figée. A d'autres endroit, ce sont des chaos de roches noires, avec une végétation renaissante (la dernière grande éruption volcanique a eu lieu en 1730, et a duré 6 ans avec quelques intermèdes de calme).
Les zones urbanisées sont composées de petites maisons blanches aux volets verts (plus rarement bleus), construites selon les méthodes traditionnelles de Lanzarote, de deux étages maximum. Ceci grâce aux exigences de Manrique souhaitant limiter la défiguration par des immeubles. Il y a bien quelques malheureuses exceptions dans les trois stations balnéaires de l'île, surtout dans la très laide Costa Teguise, mais elles sont heureusement circonscrites et faciles à éviter.
La volonté de Manrique a donc fait renoncer aux bâtiments de plus de deux étages, et a également permis d'interdire tous les panneaux publicitaires situés sur les bords des routes, chose impensable ailleurs.
En 1970 César Manrique aurait découvert à Tahiche un figuier dont l'extrémité verte pointait d'une coulée de lave, et décidé de construire sa maison à cet endroit. Le terrain ne vaut rien et il l'obtient pour une bouchée de pain, une immense surface de 3 000 mètres carrés. Il faut dire que ces terres ne sont pas exploitables. Lors de la construction, l'artiste tombe sur cinq bulles de lave qu'il transforme en pièces à vivre, y installant un salon, un barbecue, une salle de danse et même une piscine.
En 1982, Manrique et un groupe d'artiste décident d'y installer la Fundación Manrique, institution destinée à promouvoir l’étude et la diffusion de l’œuvre de Manrique, ainsi qu’une activité artistique et culturelle favorisant le respect du milieu naturel.
Manrique est décédé dans un accident de la route en 1992, année d'inauguration de la Fundación.
Cette maison est très représentative de l'œuvre de César Manrique. Elle est splendide et appelle à la douceur de vivre. Les contrastes entre les murs blanc arrondis avec les coulées de lave noire qu'il invite à l'intérieur en certains endroits, le calme et la fraîcheur des bulles de lave où se nichent d'agréables salons de plein air... on s'imagine avec plaisir avoir été un hôte de la villa un soir d'été. Avant d'être cruellement rappelé à la réalité par les Flash crépitants des autres visiteurs, aussi impressionnés par le lieu.

Pour en apprendre plus sur l'artiste, un site Internet un peu vieillot mais intéressant : www.cesarmanrique.com
Les autres réalisation de Manrique à Lanzarote :
- Casa Museo del Campesino : maison paysanne typique de l'architecture de Lanzarote, abritant aujourd'hui un restaurant et un centre d'artisanat. Juste avant se dresse fièrement le Monument à la gloire des paysans.
- Mirador del Río : belvédère situé sur les falaises de Famara donnant sur les îles de La Graciosa, Montaña Clara, Alegranza, Roque del Oeste et Roque del Este. Ceci dit, le point de vue 300 mètres à côté est aussi beau, et gratuit (compter 4,50 euros pour le mirador).
- Jameos del Agua : salle de concert à l'intérieur d'une caverne de lave.
- Jardin de Cactus : très beau jardin présentant plus 1100 espèces différentes de cactées, dans une ancienne carrière.
- El Diablo : restaurant situé dans le parc national de Timanfaya, avec un grill installé au-dessus d'un orifice volcanique. Très belle vue sur les volcans encore actifs.
- Musée d'Art contemporain, à Arrecife : situé dans un petit fort militaire, il abrite des peintures de Miró, Millares, Mompó, Oscar Dominguez, Gerardo Rueda, Eusebio Sempérez, Augustín Cárdena et de Manrique lui-même. Il contient très peu d'œuvres, aucune œuvre majeure, et se visite pour 2,50 euros. En revanche le restaurant est très réputé et vaut le détour, ne serait-ce que pour le design.
- El triunfador : sculpture métallique située près de la Fondation Manrique.
- Juguetes del viento : sculpture mobile située au centre d'un rond-point à Arrieta.


