Pétition de soutien à Pierre Etaix, le cinéaste invisible
Culture - mardi 28 avril 2009
Pierre Etaix a fêté ses 80 ans en 2008, et aucune rétrospective, aucune sortie ou ressortie, en salle ou en DVD, de ses œuvres n'a eu lieu. Et pour cause, cela fait plus de dix ans que les films de Pierre Etaix sont pratiquement invisibles, et cette situation risque fort de se prolonger encore longtemps. Non pas que Monsieur Etaix ne souhaite plus montrer ses films au public, bien au contraire, mais à cause d'une sordide histoire de droits d'auteur.
Une situation ubuesque et fort dommageable car cela prive le public de découvrir ces films réalisé par un cinéaste de la veine d'un Buster Keaton ou d'un Jacques Tati. Tati encore, tiens, dont il est décidément beaucoup question en ce moment, et pour lequel Pierre Etaix était gagman sur Mon oncle (la silhouette de Tati avec sa pipe, c'est de lui).
Mais qui est donc Pierre Etaix, certains demanderont. On pourrait commencer par citer le comique américain Jerry Lewis, qui déclara "Deux fois dans ma vie, j’ai compris ce qu’était le génie : la première fois en regardant la définition dans le dictionnaire, et la seconde fois, en rencontrant Pierre Etaix".
Plus prosaïquement, Pierre Etaix est un passionné de cirque et un amoureux du cinéma, héritier de la tradition burlesque telle qu'elle s'est construite sous l'impulsion de Buster Keaton puis de Jacques Tati. Il a débuté au music-hall, avant de travailler pour le cinéma, au début avec Jacques Tati par le truchement duquel il se lia avec Jean-Claude Carrière. Dans les années 60, il réalisa cinq longs-métrages, dont quatre co-écrits avec Jean-Claude Carrière. Ces films obtinrent de nombreuses récompenses, comme le prix Delluc, des prix à Cannes, Berlin ou encore Moscou, et un oscar du meilleur court-métrage pour Heureux anniversaire.
Également clown de vocation, il crée en 1974 avec sa femme Annie Fratellini, L’Ecole du Cirque, première de ce genre.
Il a également travaillé comme interprète pour la télévision, écrit quelques ouvrages et a fait beaucoup de scène.
Soit un artiste complet et reconnu par ses pairs, qui se retrouve dépossédé de ce qu'il a créé.
Pour évoquer rapidement cette situation de blocage, il suffit de dire que Pierre Etaix n'a actuellement aucun droit sur ses films. Pas plus que Jean-Claude Carrière, son ami et co-écrivain de la plupart de ses œuvres. C’est une société, et pas celle qui a initialement produit les films, qui en possède les droits exclusifs pour le monde entier. Et cette société refuse toute initiative et ne se préoccupe aucunement de valoriser l’œuvre du cinéaste. Outre d'en empêcher l'exploitation et la diffusion, cette attitude est dangereuse car la plupart des bobines sont enfermées depuis 20 ans dans leurs boites et nécessitent d'urgence des travaux de restauration. Qui ne sont pas effectués. Un comble, quand on sait que Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière ont fait en sorte de trouver mécènes et financements. Une copie a pu être restaurée, mais la société détentrice des droits a décidé de poursuivre le mécène ayant financé ce travail... cela semble incongru de voir que rien ne peut être fait pour protéger et valoriser ce patrimoine culturel.
Pour connaître en détails la chronologie des faits et découvrir comment des auteurs peuvent être dépossédés de leur œuvre par des indélicats, c'est ici.
Si cette situation vous semble aussi abusive, une pétition est en cours demandant la ressortie des films de Pierre Etaix, rendez-vous ici.


Hier soir, j'ai eu la chance d'être invitée à l'inauguration de l'exposition 