Au début de notre tour d'Albanie, nous avons fait halte dans un hôtel près de la ville de Lezha. Il s'agit en fait d'un ancien relais de chasse bâti dans les années 30 par le gendre de Mussolini, dissimulé sous les arbres à la toute fin d'une petite route de campagne, en lisière d'une zone naturelle protégée.
C'est une vaste bâtisse en pierre, sans étage, aux volets de bois. D'extérieur et de jour l'endroit est accueillant, avec les trilles joyeuses des oiseaux dans les arbres. Un jeune homme nous informe du prix, 20 euros la nuit, et nous installe dans une chambre. Nous nous rendons compte que nous sommes les seuls clients.
La chambre est tapissée de lattes de pin verni du sol au plafond, ce qui donne un peu l'impression d'être dans un chalet. En tout cas de jour. De nuit, cela me faisait plutôt penser à un cercueil.
Rudimentaire, avec ses murs à la peinture passée et écaillée, la salle de bain est cependant alimentée en eau, c'est l'essentiel.
La salle de restaurant est très vaste, avec sur un côté une splendide et massive cheminée en pierre blanche, gravée en son centre de l'aigle albanais.
Intriguée par les lieux, je me suis avancée dans le couloir. Les fenêtre sont bardées de moustiquaires, et quelques rares rayons de soleil réussissent à percer. Toutes les portes des autres chambres étaient ouvertes, béant sur des pièces à moitié à l'abandon, avec d'énormes toiles d'araignées. Je n'ai pas fait la fière longtemps, et suis retournée près d'une présence humaine.
Nous avons ensuite fait un tour prudent des dépendances, car tout est détruit. Il semblerait que les dégradations datent de le soulèvement de 1997, et rien n'a été entrepris depuis. Question de moyens certainement, mais c'est très dommage car l'ensemble est très beau et rénové serait un splendide endroit de villégiature.
Mais le lieu prend toute sa dimension avec la tombée de la nuit. Les ombres envahissent les pièces déjà sombres, le bois absorbe la pauvre lumière dispensée par de faibles lampes, les animaux débutent leurs ballets nocturnes. Les coassements des grenouilles emplissent l'air.
C'est le moment où je ferme les yeux très forts cachée sous mon drap, en priant pour dormir d'une traite jusqu'au matin. Pour rien au monde je ne me serais relevée cette nuit là.
Débutons notre tour d'Albanie avec la grande ville du nord ouest du pays, Shkodra.
En arrivant de Tirana, la ville est dominée par la forteresse de Rozafa.
Nous y sommes arrivés tôt, vers 9h30, et la température était déjà élevée. Le site, dont la partie la plus ancienne date du Moyen Age, est fort bien préservé. Ce qui est particulièrement agréable, c'est de se trouver quasiment seul pour s'y promener, et de pouvoir accéder à tout. Nous avons notamment pu grimper l'escalier en colimaçon d'un ancien minaret. Cette forteresse est une étape incontournable pour tout voyageur en Albanie.
Le site tire son nom d'une bien triste légende : lors de la construction, les murs s'écroulaient chaque nuit. Comme sacrifice pour pouvoir enfin achever le château, les trois frères bâtisseurs décident d'y emmurer la première de leurs femmes qui viendrait leur apporter le déjeuner. Deux des frères trahissent leur pacte et préviennent leurs épouses, et c'est la femme du troisième qui est immolée aux fondations de la forteresse, Rozafa.
Destination encore improbable, l'Albanie est un pays à découvrir. Avant le départ, les réactions étaient quasi unanimes : "Pourquoi l'Albanie ? C'est dangereux, y'a la mafia là-bas !".
Les clichés ont la vie dure, mais il est vrai que ce pays discret est fort méconnu, son ouverture en 1991, après près de 50 années de régime communiste autoritaire, ayant eu moins de retentissement que la chute de Ceauscescu en Roumanie par exemple.
De retour après 15 jours au soleil d'un pays à découvrir, l'Albanie.
Retour en douceur avec une activité réduite au bureau, des amis à revoir en terrasse, des tonnes d'emails en retard, du soleil, des expos avec moins de foule. C'est parfait.
Vue avant de partir, et que vous pouvez encore visiter jusqu'au 22 septembre, l'exposition sur les réalisations de Dominique Perrault (dont l'une des oeuvres majeures est la Bibliothèque Nationale de France) au centre Pompidou.
J-4 avant départ en vacances. Deux longues semaines seuls au monde, dans un pays ensoleillé, à découvrir une culture et des paysages.
Encore 4 jours à m'impliquer dans des dossiers qui me semblent tout à coup beaucoup moins essentiels. Deux semaines sans voir les gens avec qui je passe la majeure partie de mon temps, mes collègues. Deux semaines sans ordinateur.