Monsieur Je-sais-tout chez Möet & Chandon
Sorties - vendredi 15 août 2008

C'est une constante, il y a systématiquement dans un groupe de visiteurs quelqu'un qui est là pour faire son malin et étaler sa culture. Toujours. De préférence en utilisant la ruse bien connue de la fausse question, très improbable, afin de démontrer l'incurie du guide et dans le même mouvement l'étendue de ses propres connaissances, le plus souvent sur un sujet ou un point de détail qui n'intéresse personne. Enfant, j'ai eu l'occasion de rencontrer maints spécimens de ces amateurs de confiture lors des visites de châteaux où me traînaient mes parents, et si je les reconnais de loin ils m'agacent toujours autant.

Un dimanche après-midi de ce mois d'août d'une tonalité automnale, nous avons visité les caves Moët & Chandon à Epernay. Vastes et superbes bâtiments, orchidées et fleurs rares à foison dans le lobby de marbre, personnels nombreux et stylés : ces caves ont une histoire impériale qu'on ne peut ignorer. L'entrée à 13 euros donne droit à une visite guidée d'une heure suivie de la dégustation d'une coupe de champagne brut. Si vous avez un peu plus soif, allongez à 15 euros et vous pourrez également déguster une coupe de rosé. Et si votre intérêt pour la visite est clairement dégustatif, pour 25 euros une coupe de Moët & Chandon Vintage est ajoutée. Ce ticket à trois coupes me semble assez risqué mais pourquoi pas.

Nous nous engageons dans les couloirs de cette illustre maison, écoutant les commentaires avertis d'une très charmante jeune femme, nantie d'un non moins charmant accent sud-américain. Dès le départ, un couple ronchonne et marmonne dans son coin. L'homme mâche son chewing-gum de façon fort peu discrète, le bruit de ses mandibules me donne envie de le jeter dans un puits sans fond. Las, je ne peux qu'éviter de les approcher et les subir.

C'est vers la fin de la visite que leur venin se répand, alors que notre guide nous explique comment il faut geler une partie du goulot afin d'enlever les capsules de métal, ôtant du même coup le bidule et les levures qui s'y sont amassées, avant de refermer les bouteilles avec un bouchon de liège. Elle nous explique qu'auparavant réalisée à la main cette opération était un peu risquée (perte de liquide), mais qu'à présent tout est fait par d'énormes machines tournant sans relâche, sans risque de déperdition. C'est bien tout ce que nous avons besoin de savoir. Cela fait une demi heure que nous tournons dans ces couloirs froids et humides, et tout le monde attend maintenant de remonter pour la dégustation.

C'est à ce moment que la question piège fuse : Pouvez-vous nous dire quel est le rendement par heure de ces machines ? Plates excuses de la guide, qui n'a pas appris ces chiffres lors de sa formation, et qui ne peut que nous assurer que le débit est très impressionnant pour l'avoir vu de ses yeux. C'est alors que l'homme reprend la parole pour asséner qu'il lui semble que c'est de l'ordre de 250 000 bouteilles (j'invente le chiffre, je l'ai oublié dès qu'il a été prononcé), l'air satisfait d'avoir mis cette femme dans l'embarras. C'est là où je lui souhaite de s'étouffer avec son chewing-gum.

Cet aimable couple a clôturé la visite en beauté, lors de l'étape de dégustation, en expédiant leur verre très rapidement tout en faisant la grimace.

De fins connaisseurs peut être, mais vraiment peu courtois. De petits concurrents jaloux, peut être aussi, même si l'intérêt de la manœuvre m'échappe. Et s'ils étaient cons, tout simplement ?

Violette

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