Cinéma : un Conte de Noël
Salles obscures - vendredi 23 mai 2008

"C'est grave votre maladie ? Un peu oui, ça dépend. Mais ce qui est plus embêtant, c'est que je peux en mourir."

Abel et Junon, couple vieillissant toujours amoureux. Junon en divinité matriarcale, Abel en père aimant. 4 naissances, 3 enfants, pas toujours désirés. L'équation donne une famille désunie, avec des conflits, des non-dits, des mal-être, devinés et révélés petit à petit. Et la maladie qui arrive, ou plutôt qui revient, et qui permet à toute la tribu de se retrouver réunie, à l'occasion des fêtes de Noël.

L'histoire est inspirée, intelligente et d'une grande sensibilité. Les audaces visuelles, le montage nerveux, tout est maîtrisé. Les apartés théâtraux de certains personnages, seuls face à la caméra et confiant leur vision de l'histoire, comme autant de repères pour le spectateur, passent sans problème. La tension dramatique se dénoue dans des moments de pure comédie, la bascule est infime parfois, les interprètes sur le fil. La bande originale impeccable accompagne chaque vibration, chaque ressenti, chaque désespoir.

Le tour de force de Desplechin est de réussir à nous immerger dans cette famille, a priori ordinaire sans l'être totalement. L'espace de quelques jours, nous sommes les hôtes de cette grande maisonnée. L'histoire est servie par des interprètes tous excellents, s'effaçant derrière leur personnage. Matthieu Amalric dans un rôle risqué, car au départ peu éloigné de l'Ismaël de Rois et Reines. Une scène le rappelle en clin d'oeil, dans un atelier de peintre, et clôture là la ressemblance : Henri éteint la musique sur laquelle Ismaël se déchaînait.
Le père Jean-Paul Roussillon, "vieux crapaud" regardant avec amour sa femme, Catherine Deneuve, que j'ai parfois du mal à apprécier, ici souverainement dirigée. Anne Consigny faisant passer un malheur prégnant. Melvil Poupaud, Laurent Capelluto et Emile Berling en fils cherchant leur place. Chiara Mastroianni, Hippolyte Girardot et Emmanuelle Devos, en pièces rapportées mêlées à tout ceci.

Sorti aujourd'hui, le film est également en compétition à Cannes. Qu'il soit récompensé ou non par le jury à l'issue du Festival, allez-y, c'est tellement rare de voir un film intelligent et sensible.

Un Conte de Noël
d'Arnaud Desplechin
sorti le 21 mai
2h30

Violette

Share/Save/Bookmark

aucun commentaire pour le moment

Vous aussi réagissez !

Nom ou pseudo
Email (facultatif)
Site Web (facultatif)
Commentaire 
que donne vingt fois deux ?
Se souvenir de moi