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Analyse sémantique comparée des discours de Sarkozy et Royal
(jeudi 26 avril 2007 à 00:23)
Que nous racontent les candidats à l'élection présidentielle ? Et comment le font-ils ? Pour en avoir le coeur net, nous avons analysé les derniers discours de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Premier constat : les deux prétendants à l'Elysée se soucient beaucoup de la France et s'adressent directement aux Français et aux Françaises. Sur 30 000 mots prononcés publiquement, "France", "Français" et "Française(s)", sont les termes qui reviennent le plus souvent dans la bouche de l'un comme de l'autre (381 fois chez Royal et 352 fois chez Sarkozy). Les deux finalistes semblent également plaider, avec la même ferveur, pour la cause de la gente féminine, le terme "femme(s)" étant martelé aussi souvent par l'un que par l'autre (75 et 78 fois). Nicolas Sarkozy se distingue toutefois ici de sa rivale, à qui il n'entend pas laisser le monopole de la défense des femmes, même si ses idées sur la question sont très conservatrices. Le candidat de l'UMP emploie, avec la même insistance démagogique, les mots "enfant(s)" (75 occurrences contre 24 pour Royal) et "homme(s)" (74 occurrences contre 27 pour Royal), et manifeste un très grand intérêt pour la ou les "vie(s)" humaine(s) (82 occurrences contre 26 pour Royal). Démonstration : "Quand un homme a travaillé toute sa vie, il doit pouvoir mourir dans la certitude que sa femme aura un minimum décent pour vivre", a déclaré Nicolas Sarkozy le 6 avril dernier. Même discours à Toulouse 6 jours plus tard. "Je souhaite que la femme ait la liberté de travailler et d'élever ses enfants", a-t-il scandé. Ou encore : "Chaque fois qu'une femme ou un enfant est martyrisé dans le monde, je veux que la France se porte à ses côtés." Un autre terme abonde dans les déclarations des deux candidats. Ces derniers entendent incarner, avec la même ferveur, les "valeur(s)" de la France (terme trouvé 61 fois chez Royal et 56 fois chez Sarkozy). Face aux représentants de l'Outre-Mer le 15 avril dernier, Ségolène Royal a lourdement insisté sur "(...) les valeurs de solidarité, les valeurs de respect des autres, les valeurs de progrès social, les valeurs de recul de toutes les formes de brutalité (...)". Tandis qu'à Toulouse, Nicolas Sarkozy lâchait que "la crise de la valeur travail est au coeur de la crise morale" (comprenez ce que vous voulez). La valeur "travail" (mot dit 60 fois par Royal et 61 fois par Sarkozy) est d'ailleurs une valeur qui obsède plus qu'aucune autre nos présidentiables. Mais quand Nicolas Sarkozy se contente de discourir sur la valeur, Ségolène Royal n'hésite pas à traiter des problèmes liés au travail. Elle prononce, en effet, beaucoup plus souvent que son concurrent les termes "emploi(,é,s)" (47 fois contre 18 pour Sarkozy), "entreprise(s)" (53 fois contre 10), "chômage" (28 fois contre 7), "formation" (23 fois contre 1), "salarié(s,e,es)" (29 fois contre 2)... De son côté, Nicolas Sarkozy n'a qu'un seul mot à la bouche. Non, ce n'est pas "Jaurès", bien que le candidat de l'UMP l'ait cité pas moins de 41 fois dans sept de ses allocutions, contre une seule fois pour son adversaire. Il s'agit de "gauche". Celui-là même qui repproche à l'opposition de mener une campagne essentiellement anti-sarkosyste a fait référence à la gauche 118 fois (25 fois chez Royal). Dans le texte, cela donne "les valeurs que la gauche a trahies", "la gauche a abandonné", "j'accuse la gauche", "l'erreur de la gauche", "la gauche ne fait plus rien", "l'idéal de la gauche ce n'est pas", "la gauche d'aujourd'hui", "la gauche a beau", "les valeurs de la gauche de jadis", "la gauche est incapable", "la gauche ne croit plus", "la gauche n'a plus", "cette gauche est dangereuse", "la gauche va interdire"... Toujours au rang des particularités de chacun, les gagnants du premier tour de la présidentielle n'ont pas recours aux mêmes verbes. Très aérien et évasif, Nicolas Sarkozy "parl..." (91 occurrences contre 28 chez Royal) pour ne rien dire, "aim..." (48 occ. contre 6) tous les Français, "accept..." (36 contre 15) d'être entendu, "rêv..." (35 occ. contre 0) d'un monde meilleur, "pens..." (34 occ. contre 12) qu'il a raison. Très capricieux, il "veux" (204 occurrences contre 82 chez Royal) par dessus tout devenir Président. Bien plus pragmatique, Ségolène Royal "propos..." (58 occurrences contre 16 chez Sarkozy) des solutions, "regl..." (37 occ. contre 7) les problèmes, "construi..." (33 occ. contre 3) l'avenir, "relev..." (24 contre 3) les défis.
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