Nicolas Sarkozy tolère la violence des pêcheurs, pas celle des banlieusards
Société - mercredi 4 avril 2007
Devant plusieurs milliers de personnes de la banlieue de Lorient, dans le Morbihan, Nicolas Sarkozy déclarait hier soir : "Aucune violence n'est acceptable dans la République mais je ne mets pas et je ne mettrai jamais sur le même plan la colère des pêcheurs qui ne veulent pas mourir et la violence gratuite des fraudeurs et des voyous."
Le président de l'UMP fait ici référence à deux événements distincts. Le premier se déroule en février 1994. Une manifestation de marins-pêcheurs tourne à la violence et le Parlement de Bretagne, un bâtiment historique, est incendié à Rennes. Le second se produit fin mars 2007. A la gare du Nord à Paris, des usagers des transports en commun se révoltent et saccagent des boutiques après l'interpellation musclée par la police d'une personne voyageant sans titre de transport valide.
Tous des voyous, tous des fraudeurs
Au risque de mettre tout le monde dans le même sac, le candidat à l'élection présidentielle n'hésite pas à traiter de "voyou" et de "fraudeur" toutes les personnes ayant manifesté leur colère à la gare du Nord, comme si la fraude était contagieuse et que le "fraudeur" interpellé avait contaminé la foule se trouvant à proximité.
Que dire alors des parents d'élève s'étant mobilisé, en mars dernier, pour tenter d'empêcher l'arrestation, à la sortie d'une école, d'un vieil homme sans papier venu chercher ses petits enfants ? Sont-ils tous en situation irrégulière simplement parce qu'ils ont soutenu cette personne ? Doivent-ils tous être reconduits à la frontière ?
Une politique, deux poids deux mesures
Les propos tenus hier soir par Nicolas Sarkozy trahissent l'injustice et les dangers de sa politique. Pour le président de l'UMP, nous ne sommes pas tous égaux face à la justice. Ses amis et ceux qui le soutiennent sont assurés d'obtenir tout ce qu'ils demanderont. Les autres devront serrer la ceinture sans broncher ou finiront en prison ou dans un avion à destination du pays d'origine. Est-ce bien digne d'un chef d'Etat ?
Mais il y a plus alarmant. Aussitôt après avoir affirmé être plus tolérant avec la violence des pêcheurs qu'avec celle des "voyous", Nicolas Sarkozy condamne sa propre politique. "Je ne veux pas d'une politique qui sacrifierait délibérément les pêcheurs et qui serait indulgente avec les voyous. Une telle politique, deux poids deux mesures, serait immorale", estime-t-il. Dans ce cas, ne devrait-il pas rejeter toute politique qui sacrifierait délibérément les banlieusards et qui serait indulgente avec les pêcheurs ?
Pauvres pêcheurs, ces gros fraudeurs
Et puis, le candidat à l'élection présidentielle feint d'ignorer que les marins-pêcheurs français sont eux-mêmes de gros fraudeurs. A de nombreuses reprises, ces derniers n'ont pas respecté les quotas imposés par la Commission Européenne, lesquels sont essentiels à la survie de multiples espèces marines comme le thon.
Dans ce contexte, la démagogie affichée par le président de l'UMP à l'égard des marins-pêcheurs est tout simplement puante. "la colère des pêcheurs qui ne veulent pas mourir", "le président qui (...) permettra (...) aux marins d'avoir une meilleure retraite, qui permettra à leurs veuves de vivre décemment"... Nicolas Sarkozy ne recule devant rien pour obtenir de nouveaux électeurs.


