Du racisme, "Le complot contre l'Amérique" de Philip Roth
A lire et savourer - mercredi 20 décembre 2006

couvertureBon, je dois avouer, "Le Complot contre l'Amérique" de l'américain Philip Roth ne m'enchantait guère au début : titre légèrement sensationnaliste, couverture brune marquée d'une croix gammée (c'est toujours vendeur de mettre une croix gammée sur un bouquin : ça fait bien peur pour pas cher ! La preuve, les romans d'espionnages et thrillers mal foutus en mettent souvent !)... Bref, ne connaissant pas vraiment l'auteur, je me méfiais un peu.

Mais voilà, une fois fini (dévoré devrais-je dire), le roman s'est révélé assez passionnant.

Dans un style élégant, très descriptif (trop même, j'ai cru lire du Jules Verne à certains moments), l'auteur nous raconte son enfance dans l'amérique du président Lindbergh, après que Franklin D. Roosevelt perdit les élections de 1940. Charles Lindbergh, héros de l'aviation mais fasciste notoire, imprima son antisémitisme à l'ensemble de la société américaine. Sauf que... Lindbergh n'a jamais été président !

Mélant habilement le vrai et le faux, la grande histoire et la petite, Philip Roth nous fait partager une fausse histoire des vraies peurs du petit garçon qu'il était à l'époque. Ce faisant, il décrit implacablement les minuscules rouages qui auraient pu conduire l'Amérique à cette situation, transformant imperceptiblement une démocratie modèle en un régime ségrégateur, raciste et finalement assassin.

Et c'est bien cela qui est effrayant... Car ce roman n'en est pas vraiment un. Si l'Amérique n'a jamais élu Lindbergh, tout les protagonistes ont cependant existé et leur victoire aux élections de 1940 aurait fait de ce roman d'imagination un livre d'histoire. De même, les mécanismes insidieux qui conduisent au racisme institutionnalisé sont bien connu, ayant été appliqué en de multiples occasions dans l'Europe des siècles derniers. De fait, le récit balance perpétuellement entre réalité et invention, dans un style parfois proche de Philip K. Dick.

Ce faisant, l'auteur nous rappelle que la grande marche de l'Histoire et autres destins manifestes des nations tiennent bien souvent au simple fait du hasard, d'un discours bien fait ou d'un accident banal. Que nos démocraties ne sauraient se glorifier de leurs réussites, de leur conquêtes ou de leur justice, quand on sait avec quelle facilité elles renient leurs valeurs fondatrices. L'Allemagne hitlérienne connut les pogroms, la démocratie américaine les lynchages des noirs et la République Française les ratonnades de ses citoyens arabes. Philip Roth nous confie, certes, un récit imaginaire, mais reposant sur une peur bien réelle et terriblement universelle.

Olive

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